Tous les articles par Marc MannevY

Evier


Quand tu vois le fond de l’évier,
c’est que tu n’as pas supporté,
la prune, la poire ou l’apnée
de ton voisin de palier.

Angles


Casser les angles,
avant de s’y cogner,
arrondir les bordures,
gratter, poncer.

Glisser la sangle,
nettoyer aspérités,
rougir les soudures,
cacher ma volonté.


Ondulant lentement de ses longs bras, la pieuvre danse un hypnotisant ballet. Soudain, elle s’ouvre, huit rayons s’écartent brusquement autour d’une face qui a deux yeux ; ces rayons vivent ; il y a du flamboiement dans leur ondoiement ; c’est une sorte de roue…

Victor Hugo, Les Travailleurs de la mer

Solutions

 

X-Ray
X-Ray


Le matin, je geins,
comme un dauphin
dans son bassin.

Le soir, je gère,
comme un lépidoptère
sous verre.

La nuit, je fuis
comme une souris
en manque de fruits.

Le jour, je cours
comme un ours
devant une châsse à cour.

Le Zoo Intérieur


Je me sens comme le gardien de ma propre cage,
une bête sauvage,
à l’intérieur,
zone de combat et de heurts.

Un lac bouillonnant ou je surnage,
anthropophage,
crache la vapeur,
au confins de la peur.

Je m’accroche au dernier grillage,
le zoophage,
ce ripailleur,
apprécie le cuit-vapeur.

Maison Vide


Dans la maison vide,
le silence impavide
remplie l’espace.
Les Murs saignés de rides
accroche un éphéméride
illustré d’un rapace.
Une odeur fétide,
non éclaircie, homicide
et tiédasse.
Le sol invisible, oxyde
les traces morbides,
jonché de paperasse.

Castells


Castells, Lego humain,
empilement de fragilités
qui veulent toucher le ciel,
les racines portent les familles,
la soudure solidaire se transforme
en métal indestructible,
l’édifice est une maison
accueillant une voix
pionnière d’une escalade
qui aspire.

Maté


Con quien bolear ?
délicieux caviar,
d’une main désignant
la feuille couvrant
le chemin sacré des Incas,
maté de coca.
Liquide fluorescent,
apaisant les sens,
regard aussi doux
que celui d’un Tatou.
Con quien bolear ?
délicieux caviar.


Gauguin pensait que l’artiste doit rechercher le symbole, le mythe, agrandir les choses de la vie jusqu’au mythe… Alors que Van Gogh pensait qu’il faut savoir déduire le mythe des choses les plus terre à terre de la vie. En quoi je pense qu’il avait foutrement raison. Car la réalité est terriblement supérieure à toute histoire, à toute fable, à toute divinité, à toute surréalité. Il suffit d’avoir le génie de savoir l’interpréter.

Antonin Artaud

Arrêt cardiaque


Disparaître du jour au lendemain,
emporté par une crise cardiaque,
ne pas résister, écouter son cœur
s’en remettre à son destin.
Partir, lâcher à mi-chemin,
par surprise, succomber à l’attaque
faire mentir le bookmaker,
abandonner le réveil-matin.

Théâtre


Super directrice du théâtre,
tu m’as poussé à quitter la scène,
moi, ballon en manque d’hydrogène,
je suis devenu bleuâtre !

J’ai consulté un psychiatre
quand toxiques et vaines,
tes remarques mitogènes
ont achevé de me battre.

le Chirurgien


Après un rapide examen,
il me tranche, me recoud
comme un vieux sac à main.
Avec précision et sans dégoût,
il coupe le lien,
dans le cuir , il perce, il troue.
Dans ses mains, suis-je humain ?

Vincennes


Vincennes hors champ,
parieurs Parisiens vociférants,
d’autres l’air confiant,
3 cavaliers au coude à coude.
Des tribunes, surplombant
la piste des « élégants »
se mêlent aux résidents
dans une odeur de junk-food.
La tension en un instant,
craignant le mors aux dents,
suspend son parcours excitant,
avant que la rumeur sourde.
Figeant l’espace-temps,
se muant en boucan,
bousculant, raillant, mixant
l’ironie des faubourgs.

La Pravda


Ta vérité c’est la Pravda,
tu me racontes ce que tu veux,
ton horizon, ta ligne, ta voix
ne permet aucun désaveu.
Tu affirmes, tu abats
tes cartes et ton jeu,
officier ! Je suis ton soldat,
sans ciller, je fais feu.

GPS


Surveillance en temps réel,
pour ton bien, je me souviens.
Je sais où tu es, ton parcours habituel,
l’empreinte de tes mains,
ce que tu caches dans ton sac-poubelle,
la date de tes vaccins,
ta gestuelle, ton penchant « rebelle »,
tes dessins et tes refrains
préférés et secrets,
c’est l’anniversaire de quelqu’un,
je te le rappelle
aujourd’hui ou demain.

Mouchard glissé dans ma poche,
micro-espion auto-alimenté,
sans résistance, ni reproche,
j’accepte de m’espionner.

Absent


Absent, évanescent, transparent,
disparaître, non-être ni connaître,
finissant, fuyant et vacillant,
s’évaporer avec vue sur mer,
Oubliez-moi !

Versification


Un petit vers quotidien,
un vers satanique,
un vers solitaire,
un vers éveillé,
un vers sale,
un vers « soul »,
un dessous de vers,
un vers pour la route,
un vers d’absinthe,
un vers citronné,
un vers jus,
des vers,
un vers de trop,
et sur le dernier vers, je cale…

Gabin


Sur les grands boulevards,
on n’aime que les drames,
dans une pose figée sur le quai
ou sirotant à petite dose au troquet,
le caviar d’Audiard,
laconique et bavard
balancé comme un pamphlet
dégusté comme du petit-lait.

Cinéma lucide et bichrome,
dialogues fluides et royaume
de Gabin héros ou bien gigolo…
Gabin héros ou bien gigolo,
Gabin héros ou bien gigolo.

L’orgueil de ces yeux là !
clin d’œil encanaillé à toute la smala,
pour l’acteur qui a une grande gueule,
aboyeur de romance et tirailleur,
Paname au Printemps, le temps des « Javas »,
chanson de Prévert et Kosma,
voix écorchée du gouailleur
et la mort du con-voyeur.