Archives de catégorie : Emotion

En attendant de ne plus être…

Potosí


Dans les nuages de l’Altiplano,
4700 mètres, sur le « cerro rico »
de l’air pur, bien trop rare,
comme un poisson hors de l’eau.

J’aspire ou je rends,
el tío recrache l’argent,
sans coca, une barre,
l’Inca blanchie les dents.

Dynamité comme un jouet,
par des ados sourds-muets
creuse un trou, un couloir,
offrant une prière, un souhait.

Le cercueil de Tignous


Le cercueil de Tignous,
étendard graphique, mystique
s’affiche en totem,
sort de la rubrique tragique,
funky requiem, poème
de larmes aigre-douces.

Heureux enterrement
plein du duende, noblesse
et dessins,
clin d’œil à ceux qui restent,
à toi ! je passe la main
hasardeux règlement.

Jour nouveau


Est-ce bien un jour nouveau
ou bien hier plus quelques heures ?
Une course sans repos
une fuite en avant, la peur ?
Une offre, un cadeau,
une désillusion programmée, une erreur ?
Une aventure, un renouveau,
un accès au défibrilateur ?
Comique de répétition du caudillo
ou nouvelle série, nouveaux acteurs ?

Chat effrayé


Ce matin, je me suis réveillé
effrayé et dangereux comme un chat
pris au piège, agressif et cerné,
la nuque tendue, aux abois,
yeux froissés, pupilles dilatées,
membres sous tension, crachats,
le poil hérissé, asséché,
blême, air d’un furieux paria.
Quel mauvais rêve contrarié
m’aura valu cet éveil-là ?

Paris


Paris toujours et encore,
comme une seconde peau,
ailleurs ou ici
elle vous qualifie,
puissant ressort,
de vous en dévot.

Identité mystique
que l’on ne peut cacher,
aimant qui vous plaque,
vous dessine, claque
indélébile classique
empreinte de pied.

Poison


Quel poison a-t-on mixé à leurs cornflakes,
pour n’être ni moi, ni on, mais ex ?
Enfants suicidaires,
crime sans appel d’air,
gamins sans rêve
aux « no future » virtuels,
échoués sur les plages sèches d’un écran,
papillons, licornes ou dauphins sur les flancs.

Naturel


Beauté naturelle,
défauts providentiels,
non calibré, ni formaté,
doux oreiller,
léger strabisme,
heureux prisme,
sourcils et duvets
élégance soufflet,
fluide et ternaire
dessert mystère.

Infranchissable


Il y a loin de la coupe aux lèvres,
de la couleur à la saveur,
de mes mains à tes reins,
de mon sang à ta sueur.

De la glace à la fièvre,
des images aux capteurs,
des abeilles en essaim,
de l’obscur à la lueur.

Mêmes mèmes


Les mêmes séries,
les mêmes images,
mêmes sons, mêmes couleurs,
mêmes fringues,
mêmes parfums,
cuisines et sondages,
les visions, les humeurs,
mêmes bringues,
mêmes refrains,
les mêmes mèmes,
les mêmes mèmes,
les mêmes mèmes.

Huissier


Tu me parles gris,
courrier d’huissiers,
tu m’ennuies,
tu m’asphyxies.

Tu m’influences,
lettre de relance
en négatif,
en violence.

Tu m’humilies,
commission d’intervention,
cruels bataillons
de « chefaillons ».

Tu m’écrases,
des liasses de menaces,
ternes
et tenaces.

Sous les doigts


Les larmes vous suivent
et vous poursuivent,
elles vous inondent et vous noient,
fondent sous les doigts.

Impossible de les retenir,
de les suivre,
elles s’échappent, humilient
et vous sanctifient.

Glisse


Juste une goutte d’eau
avec un peu d’amertume
bu au goulot
léger comme une plume,
acide pomelo
et Cookie’s Fortune,
dispendieux tableau
puissant agrume,
la nuit au cachot
fumée brume,
glisse l’atome
et devient écume.

Ralenti


Tout tourne au ralenti,
300 images/seconde
étirées au maximum.
Je plane, je m’élève, je m’enfuis,
la gravité de la sonde,
l’insouciance à son summum.

Piment


Piment, piment,
fais-moi souffrir
brûle-moi les dents,
allume ma salive,
déclenche un volcan.

Piment, piment,
fais-moi pleurer
donne-moi une gifle,
je veux cracher,
que mes oreilles sifflent.

Piment, piment,
plante-moi un clou
dans la langue,
caresse moi la joue,
du cuir d’une sangle.
_____________________
Todos me dicen el negro, llorona
Negro pero cariñoso
Yo soy como el chile verde, llorona
picante pero sabroso

Objets cultes


Objets cultes, objets « vintage »
G3PO, pulls, vieille vaisselle
désastre régressif, si peu réel,
flou de bord, cuttin’ edge.

Parfois faux, faute de goût
au passé addiction,
rediffusions, réélection
repisse du son, le chat mou.

Banquier


Il me sert la main pour me tordre le bras,
une accolade et il me vide les poches,
de son sourire, l’animal à sang froid,
balance des triples-croches,
des liasses, feuillets par trois,
siffle de fausses notes
de constricteur avec sa proie.

Vénusté


Ombre dansante affiche une vénusté
troublant le jeune tango,
de sa tête hésitante et rythmée
pourfend l’air comme une faux
habile session ouvragée
fascine le perdreau,
puis en un instant le piquer
et le rendre idiot.

Vieillir


Emietter ton sourire,
aussitôt picoré par un moineau,
les yeux tuméfiés jusqu’à bleuir,
tel le boxeur après un KO.

Une main glacée arrache tes cheveux,
découvrant une peau sèche,
des vallées et des monts crayeux,
et ton âme percée d’une flèche.

Orgue Hammond


Pourrait-on m’expliquer, quel animal est enfermé et asservi à l’intérieur d’un orgue Hammond ?
Doit-on faire des sacrifices rituels pour obtenir ces sublimes sons de ce bazar à émotions ?

La vague


Nous sommes la vague,
portés par l’onde,
le creux devient cime,
le fond devient crête
roulant jusqu’à l’écume,
pour s’écraser sur le sable
lisse et brillant,
touchés par la lumière.

Beige-beige


De sa bouche carmin sur neige,
une petite mouche posée sur lèvre,
s’échappe des mots rouges qui sèchent,
usés jusqu’aux couches vermeilles.

De la souche se répand la sève,
axiome du boucher et de l’étiquette,
crêpe, gouge, lait maternel,
farouche et roquette.

La gravité des sentiments


Plus léger qu’un ballon ou lourd et ancré comme un pylône, quelle est la gravité des sentiments ?
L’amour comme un gaz ou comme un liquide ?
La haine est-elle plus dense que la jalousie ?
Le bonheur est-il solide ?
Taux de diffusion du mensonge ?
L’incertitude est-elle une pluie ?
Peut-on déplacer un morceau de bravoure ?
La fierté peut-elle rebondir ?
Peut-on se noyer dans le découragement ?